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Né aux Séraillères commune d' Availles Limousine ( Vienne) le 5 novembre 1892 il fut élève au Collège Saint-Joseph de 1902 à 1911

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Issu d' une famille aussi dinstinguée par les sentiments que par la naissance, c' est à Chatellerault, ou habitaient ses grands parents maternels qu' il fit ses premières études chez les Frères de Saint Gabriel. Entré à Saint Joseph en 1902 il y fit sa première communion et y parcourut le cycle des études secondaires.

Son caractère aimable, sa droiture, son enjouement, lui eurent vite conquis la sympathie et l' estime de ses camarades. Il était le boute entrain de sa division par sa gaité et sa passion pour les sports. Cependant, et faut il en être surpris, quand on sait de quelle nature exceptionnellement sensible il était doué, ses trois premières années de collège lui furent pénibles.

Mais il comprit qu il fallait réagir et que cette vie, un peu pénible parfois, était nécessaire à sa formation. C' était fini : la vie de collège il l' aimera désormais et gardera de son passage à St Joseph un touchant et bien fidèle souvenir.

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Une terrible épreuve l' attendait à sa dernière année d' internat. Dans l' espace d' une semaine, il eut la douleur de perdre à la fois, son père et sa mère. Sa peine fut immense.

Au sortir du collège, Jean de Rouffignac avait déjà fait choix d' une carrière. Avide de se dévouer et de se sacrifier, ayant beaucoup d' activité à dépenser, il vit dans le noble métier des armes un moyen de donner satisfaction à ses tendances et à ses aspirations. Il avait préparé St Maixent. En celà d' ailleurs, il continuait les traditions de sa famille. Les plus légitimes espérances lui étaient permises, et ceux qui l' ont connu à cette époque auguraient, sans trop de peine, qu' il ferait un jour un bel et vaillant officier.

En 1911, il s' engagea au 32è Régiment d' Infanterie en Garnison à Tours, ou il ne tarda pas à se faire aimer et estimer de ses chefs. Au bout de 4 mois il était caporal, et six mois plus tard, il obtenait les galons de sergent.

Après le stage règlementaire dans le grade de sous-officier, il devait entrer à l' école de St Maixent, mais les évènements se précipitaient. Le 3 aout l' Allemagne déclarait la guerre à notre pays.

Le sergent de Rouffignac fut affecté au 232è d' infanterie. Il quittait Chatellerault le 13 aout avec son régiment. A quelqu' un qui lui recommandait de ne pas s' exposer inutilement, il répondit fièrement qu' il ferait son devoir de soldat et de Français.

Prévoyant les dangers de la guerre, le jeune sous-officier , avant son départ, eut soin de mettre ordre en même temps à ses affaires temporelles et à ses intérêts spirituels en recevant les sacrements.

Le jour même de son départ pour le front, une messe fut célébrée dans la chapelle du pensionnat St Gabriel ou tant de fois il avait prié. Il y assista avec tous ses hommes.

L' heure du départ approchait. Il eut le pressentiment très vif qu' il ne reviendrait pas , et c' est en tremblant que sa tante - sa seconde mère - reçut cette confidence de celui qui lui était si cher.

Le 232è reçut le baptême du feu à la défense du Grand Couronné de Nancy, aout et septembre 1914.

Le sergent de Rouffignac en fait le récit dans une lettre pleine d' entrain et de bonne humeur.

Le 7 octobre 1914, au cours d' une reconnaissance offensive sur Bouxières sous Froidmont (54), il se signale par son sang froid et son audace. Le 21 du même mois, il prend une part brillante à l' attaque du bois de Mortmare, au nord de Flirey. C' est à la suite de cette affaire qu' il est nommé adjudant.

Après un séjour très pénible de deux mois dans les tranchées de Woevre, il prend part aux combats de Flirey, les 13, 14, 15 décembre 1914, puis revient avec le 232è dans la région du Couronné.

L' adjudant de Rouffignac participe à une attaque nocturne des avants postes ennemis devant Port sur Seilles ( 54 ), le 13 février 1915 et trouve une mort glorieuse à la tête de sa section le 16 février suivant.

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Le 13 février , la 21e compagnie du 232è était au repos à Sainte Geneviève, quand le soir elle reçut l' ordre de partir pour le signal de Xon.

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Elle arrivait le lendemain au lever du jour sur la lisière de la forêt de Facq. Déjà les obus tombaient de tous côtés , faisant quelques blessés. Le soir, la section de l' adjudant de Roufignac gravissait la butte, ou elle passait la journée suivante. Le 16 février, vers les onze heures, l' artillerie française commença le feu, auquel les Allemands ne tardèrent pas à répondre en arrosant copieusement la butte.

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Pendant le bombardement et en attendant l' heure de l' attaque qui allait sonner, les hommes s' étaient abrités comme ils avaient pu. C' est à ce moment qu' un obus éclata au dessus de Jean de Rouffignac, le blessant mortellement. Sa mort fut instantanée. Un soldat qui se trouvait à ses côtés et qui fut atteint lui aussi , le vit, en se retournant, tombé sur les genoux. Le croyant évanoui, vite il se porta à son secours, lui demandant s' il était blessé, mais il ne reçut pas de réponse, et à cet instant le blessé s' affaissait à terre pour ne plus se relever.

La compagnie fut très éprouvée ce jour là : sur 118 hommes engagés, il y eut une vingtaine de morts et 57 hommes hors de combat. La lutte qui avait duré 3 jours eut pour effet d' interdire aux Allemands l' occupation du signal de Xon et aboutit à la reprise du village de Norroy.

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La glorieuse victime qui venait de donner sa vie pour son pays était prêt à paraître devant Dieu. Pendant toute la campagne, il avait été fidèle à ses devoirs de chrétien, entendant la messe tous les dimanches, assidu aux réunions du soir , toutes les fois qu' il n' en était pas empéché par le service. L' avant veille de son sacrifice, le dimanche 14 février, l' aumônier avait vu tous les hommes des deux compagnies du 232è qui allaient prendre position sur le signal, par groupes de 10 ou 20 et leur avit donné l' absolution.

Le soir du 16 février, à la nuit, son ordonnance alla reconnaître le corps sur le champ de bataille et, aidé de trois camarades, le transporta au poste de secours de la " cabane des Romains".

Le lendemain, une voiture le conduisait à l' église de Bezaumont près Dieulouard ( 54 ) , ou eut lieu la cérémonie funèbre. Une messe de Requiem, à laquelle assistèrent toute la compagnie et les troupes disponibles, fut célébrée par un prêtre brancardier. Les honneurs militaires furent rendus par la section qu' il commandait. Quatre belle couronnes, dont une offerte par ses hommes, avaient été déposées sur le cercueil.

Le colonel du 232è lui adressa au cimetière un " au revoir " des plus touchants.

M. l' abbé d' Orgeval, aumônier, écrivait à la famille qu' il était allé s' agenouiller sur cette tombe trop tôt ouverte et qu' il avait prié longuement pour celui qui avait fait si brillamment son devoir.

L' adjudant de Rouffignac a dit un des oficiers de sa compagnie jouissait de l' estime de tous ceux qui le connaissaient. Sa disparition cause un vide énorme dans le cercle des chefs de section de la 21è compagnie. C' était un brave qui s' est donné pour la cause la plus belle qui soit après celle de Dieu, celle de la France, et qui s' est dévoué jusqu' au sacrifice suprême.

Son capitaine écrivait à sa soeur : " Ce qui doit vous rendre saintement fière, c' est que Dieu choisit comme victimes les meilleurs soldats "

Terminons par le témoignage d' un de ses hommes :

" Notre cher adjudant était l' honneur et la bravoure même; Nous l' avions admiré bien des fois pour son grand coeur et sa belle âme. Il est parti en emportant tous nos regrets les plus sincères et nous l' avons pleuré comme un frère. Toujours en avant et le premier à toutes les attaques, il nous encourageait de son mieux. S' il avait fallu donner notre vie pour sauver la sienne, nous n' aurions rien ménagé pour celà ".

L' adjudant de Rouffignac a été cité à l' ordre de l' armée , le 6 mars 1915 dans les termes suivants :

A été tué le 16 février 1915, en entrainant sa section dans des circonstances particulièrement difficiles

Par décision ministérielle en date du 21 aout 1919, Jean de Rouffignac est inscrit au tableau spécial de la Médaille Militaire, à titre posthume, avec ce motif :

A été tué le 16 février 1915, en entrainant sa section dans des circonstances particulièrement difficiles, au combat du signal de Xon. Mort en brave.

 

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Jean Arbellot de Rouffignac repose à la Nécropole Nationale Montauville " Le Pétant " tombe n° 907

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Source : Livre d' or du collège Saint Joseph Poitiers (86); Merci à Nicole et Hubert pour les photos d' illustration du Xon et des ruines de Norroy en 2011; Merci à Joel pour la photo de la tombe.