18 aout 1915 : 232e, 20e compagnie Nomeny rive droite : Rapport d' urgence du capitaine Michel au commandant du sous secteur Nomeny :

" Ce matin 18 aout, entre 8h et 8h15 le sergent Lhuillier, de la section de la route de Raucourt, s' est porté volontairement et sans ordres sur la crête de la presqu ile à l' ouest d' Abaucourt avec le soldat Fremont pour enlever un étendard au couleurs allemandes placé là pendant la nuit. Arrivé près du drapeau, le sergent qui avait rampé, s' est dressé sur la crête qu' il a inspectée du regard et s' est arc bouté pour arracher le drapeau solidement fixé en terre. Frémont était a quelques mètres derrière lui. Un premier coup de fusil tiré par des ennemis le manque, un deuxième l' abbatit sur les genoux. Frémont se porta a lui pour l' entrainer mais 4 ou 5 allemands sortis d' une vieille tranchée toute proche cherchèrent à l' entourer. Il s' échappa aussi vite qu' il put. L' évènement est confirmé par les observateurs du poste de Mailly et de la brasserie. Une patrouille de 15 hommes et un sergent commandée par le Sous-Lieutenant Prunier, et soutenue par une demie section de la brasserie placée près de la Seille, s' est portée vers la crête pour essayer de retrouver le sergent Lhuillier. Le sergent Barbottin s' est avancé jusqu a quelques mètres du drapeau. Un artifice gros comme le poing est fixé au milieu de la hampe. Il a renoncé à l' enlever. Il n' y avait au pied que de l' herbe foulée. L' artillerie qui se trouvait en surveillance a tiré vers Abaucourt et la patrouille s' est repliée sans rien voir. Le soldat Frémont dit que le sergent a été atteint à la poitrine. Il a été entrainé par les allemands."

Avis du Colonel commandant le 232e RI :

" Le sergent Lhuillier a eu grandement tort de sortir des lignes à l' insu de son chef de section, le Sous Lieutenant Richelieu et de son commandant de groupe, le Capitaine Michel. Si ce sous officier s' était conformé aux ordres donnés à ce sujet à maintes reprises nous n' aurions pas aujourdhui à déplorer sa disparition. De l' enquête à laquelle nous nous sommes livrés, il résulte que ni le capitaine Michel ni le Sous Lieutenant Richelieu n' ont eu connaissance de l' acte du sergent Lhuillier"

Avis du Colonel commandant la 117e Brigade :

" Quelque satisfaction qu on puisse éprouver à constater chez un sous-officier un caractère actif et entreprenant, on ne saurait admettre une pareille indépendance et un aussi complet oubli des prescriptions maintes fois faites et renouvelées, encore tout récemment. Une action en dehors de nos lignes, si minime qu' elle soit, ne peut, sous peine d' abus, être laissée à l' initiative individuelle."

Avis du Général commandant la D.I. :

" L' acte tout spontané du sergent Lhuillier n' engage pas la responsabilité de ses chefs dont la conduite aux divers degrés de la hiérarchie a répondu aux circonstances. Néammoins de nouvelles recommandations seront faites pour éviter le retour d' imprudence pareilles"

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Le décès du sergent Lhuillier, ayant été décidé par jugement, laisse à penser que son corps n' avait pas été retrouvé à la date du 26 janvier 1921. Il repose désormais au carré militaire d' Abaucourt (54), tombe numéro 2.